Des alternatives plus effectives pour la réinsertion et la récupération des détenus

Auteur: Fernando Varela

Projet APAC

Credits: Marina Lorusso et Antonello Veneri

Pour ceux qui ont connu la réalité des systèmes pénitentiaires en Amérique Latine, l’expérience d’APAC[1] est d’autant plus surprenante – s’il y a lieu. Dans la grande majorité des maisons d’arrêt de cette région, qui incarnent les abîmes de l’indignité humaine, des milliers de personnes purgent leurs peines dans des lieux où la surpopulation, la saleté et le traitement déshumanisé sont très étendus, et où les droits de l’homme brillent par leur absence.

L’augmentation de la violence et de l’insécurité dans la région, atteignant des taux extrêmement élevés, a généré au sein de l’opinion publique une demande de davantage d’action de la part des pouvoirs politiques face au problème, qui s’est matérialisé en une augmentation de la population carcérale. Cependant, les priorités politiques s’orientent vers d’autres besoins, raison pour laquelle les ressources dérivées vers les prisons sont limitées, perpétuant un système saturé, inhumain et peu effectif en ce qui concerne la réinsertion, avec d’importants taux d’évasion et de récidive et où les émeutes, qui sont l’expression de la tension interne qui est vécue, sont dramatiquement récurrentes.

Certains organismes internationaux comme l’Union Européenne se sont fait l’écho de cette situation et ont apporté des financements et une coopération technique pour mettre en valeur les leçons apprises dérivées des processus de modernisation des systèmes pénitentiaires européens dans le contexte des systèmes latino-américains conventionnels. L’expérience européenne et, en particulier, celle de l’Espagne – qui fait partie des plus récentes – sont très intéressantes en ce qui concerne le transfert de connaissances concernant de nombreux aspects, tels que la gestion des centres, le régime pénitentiaire, la classification des détenus, la conception d’infrastructures, les plans de traitement ou les systèmes d’information et coordination avec le cadre judiciaire.

Cependant, bien que des progrès remarquables aient été apportés aux conditions d’internement des détenus en Europe, permettant de préserver des conditions de dignité notables, elles ont aussi, malgré les efforts, montré leurs limites à œuvrer pour la réinsertion dans la société. On peut dire qu’elles remplissent leur fonction de punition mais mettent en évidence leurs faiblesses en ce qui concerne l’efficacité des processus de réinsertion dans la société.

Étonnamment, c’est dans ce contexte européen et latino-américain qu’apparaît l’expérience APAC qui suppose une redéfinition complète de la façon de traiter ceux qui ont commis des délits contre la société. Cette expérience a été brillamment présentée au cours d’une exposition qui a eu lieu dans le cadre de l’évènement Encuentro Madrid (“Rencontre Madrid”) au mois d’avril dernier auquel ont participé certains de ses protagonistes.

Il s’agit de centres alternatifs pour l’accomplissement de peines, mieux équipés, plus agréables, basés sur une approche différente du détenu qui n’est plus un coupable qui doit payer pour sa faute mais une personne dont la valeur est au-dessus de son délit. Cette conception fait que le captif soit considéré comme une personne en récupération qui, bien que son infraction soit très grave, peut arriver à se réinsérer de façon positive dans la société.

Dans ces centres il n’y a pas de police, il n’y a pas d’armes, les tâches de gestion et de maintenance sont effectuées par les détenus eux-mêmes

Dans ces centres il n’y a pas de police, il n’y a pas d’armes, les tâches de gestion et de maintenance sont effectuées par les détenus eux-mêmes, les taux d’évasion sont nettement inférieurs et ceux de réinsertion et réintégration dans la société bien plus élevés. Mais est-ce bien vrai ? Est-ce vraiment possible ? Les données sont-elles fiables?

De façon surprenante, c’est une réalité déjà bien établie. L’expérience APAC existe depuis 44 ans et repose sur 50 centres au Brésil incluant 10.000 « récuperants », notamment dans l’État de Mina Gerais. Il y a une volonté politique d’amplifier ce réseau à travers la demande actuelle de 30 nouveaux centres et différents pays sont déjà en train d’intégrer des éléments de cette méthode.

Les “Centres de Réinsertion Sociale”, tels que sont appelés les centres APAC, se basent sur le dépassement de l’emprisonnement en se focalisant sur la récupération. Le récupérant est appelé par son prénom, on met en valeur son humanité et ses efforts, on lui donne des responsabilités, on travaille sur comment surmonter son délit, on rend possible sa dimension spirituelle, on implique sa famille et la communauté en arrivant parfois même á le mettre en contact le responsable du préjudice avec la victime pour dépasser le mal causé à travers le pardon et la réconciliation.

Il s’agit d’une expérience qui remet en question la façon de faire habituelle et ouvre de nouveaux chemins qui révolutionnent un secteur plein de préjugés, ayant besoin de nouvelles approches pour donner des réponses à des défis difficiles comme celui de la réinsertion.

L’expérience APAC, née du dévouement d’un groupe de personnes dotées d’un énorme compromis social, suppose sans aucun doute un rayon de soleil dans un domaine où les misères humaines émergent à l’intérieur et à l’extérieur des centres pénitentiaires.

[1] APAC: Association pour la Protection et Assistance du Condamné (Brésil)

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