L’initiative ODS 6 est un cadre de travail pour le renforcement et la durabilité du secteur de l’eau au Honduras

Auteur: Raúl Artiga

Ressources en eau

Le Honduras possède une importante offre en eau qui représente un facteur déterminant pour son développement durable. Le territoire hondurien est formé de 19 bassins hydrographiques qui déchargent chaque année une moyenne de 92,813 Mm3 de précipitations. Le réseau hydrique du pays et la formation d’aquifères est alimentée par un régime de précipitations qui oscille entre 500 et 3,800 mm de pluie par an. En se basant sur l’information du dernier bilan hydrologique élaboré en 2003, une offre totale de 87,653 Mm3 a été estimée [1] pour le pays.

Malgré cette énorme richesse hydrique, la mauvaise gestion de l’eau au Honduras s’est convertie en une limite pour son développement social et économique [2]. Jusqu’á présent le pays ne dispose pas d’un bilan hydrique à jour pour pouvoir établir une demande réelle de cette ressource, ce qui freine sa capacité de planification et gestion efficace de l’eau.

Tout comme pour la majorité des pays d’Amérique Centrale, les services d’eau et d’assainissement sont déficitaires en termes de couverture, régularité et qualité du service. Les aquifères sont sur le point d’exploser et une forte dynamique de détérioration de la qualité de l’eau superficielle se maintient à cause de la pollution domestique et industrielle, phénomène exacerbé par le manque de suivi systématique de la qualité des plans d’eau.

De plus, la législation et l’institutionnalisme existant et en vigueur appliqués par les entités du gouvernement reflètent des contradictions qui rendent plus difficiles la gestion institutionnelle effective, creusant les problèmes d’administration publique, d’ordonnance et de gouvernabilité du secteur hydrique.

A ces problèmes d’information, institutionnels, techniques et d’administration des ressources, s’ajoute l’apparition croissante de phénomènes hydrométéorologiques extrêmes associés au  changement climatique, s’exprimant à travers des périodes d’inondations et sècheresse de plus en plus graves sur le territoire, en particulier dans les régions les plus vulnérables.

Le Gouvernement du Honduras a établi ses principaux objectifs et cibles de développement. Dans cette optique, un cadre de planification a été établi, ainsi que des instruments de politique et organisation institutionnelle pour une gestion publique efficace qui garantisse leur accomplissement. Dans ce contexte, le pays s’est engagé à travailler pour l’Agenda 2030 [3], et à implémenter les Objectifs de Développement Durables (ODD) et l’accomplissement de leurs cibles respectives. Ce nouvel Agenda inclut l’accomplissement de 17 Objectifs de Développement Durables (ODD) parmi lesquels se trouve l’ODD 6 : Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau.

Dans ce sens, à partir de mai 2016, sous l’égide du Secrétariat de Coordination Générale du Gouvernement (SCGG) avec la contribution du Partenariat Mondial de l’Eau (GWP en anglais) et du Programme d’Appui à l’Administration Publique et Intégration Régionale (PAAPIR) de l’Union Européenne, le processus dénommé « Initiative ODD6 » a été lancé.

L’objectif général de cette initiative est que le pays puisse établir les conditions institutionnelles nécessaires pour promouvoir l’implémentation effective de l’ODD 6 et, partant de là, renforce la gestion publique de l’eau et la durabilité du secteur. Les objectifs spécifiques de l’initiative sont: (i) inclure l’ODD 6 dans les cadres politiques et de planification du pays ; (ii) Soutenir la création/renforcement de systèmes de suivi pour l’ODD 6 ; (iii) Renforcer les capacités institutionnelles pour l’implémentation des ODD ; et (iv) soutenir le pays dans l’accès au financement de l’implémentation des ODD.

L’objectif général de cette initiative est que le pays puisse établir les conditions institutionnelles nécessaires pour promouvoir l’implémentation effective de l’ODD 6.

Grâce à cette initiative, le Honduras se positionne comme pays pionnier dans son organisation pour assurer l’implémentation de l’ODD 6 et il est attendu que les progrès de ce processus pilote servent de base pour assurer la bonne implémentation du reste des objectifs de l’Agenda 2030.

L’initiative ODD 6 a établi un cadre de travail caractérisé par un effort : (i) Participatif : avec un focus multisectoriel et inter-institutionnel, initialement centré sur la participation active des entités publiques qui ont des responsabilités dans la gestion des ressources en eau. (ii) Flexible : le processus est évalué en permanence sur la base des progrès et est ouvert à la possibilité d’adapter sa méthodologie. (iii) Orienté aux Résultats : Processus centré sur l’accomplissement des objectifs et résultats prévus.

La gestion de l’eau est multidimensionnelle, par conséquent l’accomplissement de l’ODD 6 et ses cibles demandent un effort intersectoriel coïncidant avec le modèle d’organisation de gouvernement basé sur des Cabinets Sectoriels dans le but d’accroître les synergies, la complémentarité, la coordination et l’effectivité. Ainsi, l’initiative a commencé avec la réalisation d’une analyse initiale au niveau des entités publiques quant à la relation et contribution de leurs compétences et attributions pour l’accomplissement de l’ODD 6.

Après cela, un travail sur les plans sectoriels a été développé, permettant de souligner de quelle façon la planification institutionnelle orientée aux résultats sectoriels et leurs indicateurs respectifs, peuvent parfaitement s’aligner dans la pratique et contribuer aux cibles de l’ODD 6, sans préjudice à l’accomplissement des objectifs et aux responsabilités institutionnelles qui font partie de la planification sectorielle nationale.

Ultérieurement, une fois assuré l’alignement de la planification nationale, il s’est traduit en un processus participatif d’identification, sélection et priorisation d’indicateurs nationaux des cibles de l’ODD 6. Une fois les indicateurs établis il devient nécessaire de définir un système de Suivi, Reporting, et Vérification (SRV) de l’ODD 6 et de ses cibles alignés sur les Objectifs, Résultats et Cibles de la planification nationale et le Système de Gestion axée sur les Résultats adopté par le Gouvernement.

Après avoir établi le cadre de travail et l’alignement, l’initiative passe à l’étape de Formulation de la Feuille de Route qui décrit les activités principales, oriente la séquence de ces dernières, leur caractère général et leur temporalité et la responsabilité de leur mise en marche, exécution ou coordination sous la conduite du SCGG.

L’expérience a été très appréciée et a permis de programmer à la fin du mois de mars 2017, avec le support du PNUD, un échange d’expériences entre les autorités honduriennes et le Salvador pour  partager le processus, les bonnes pratiques et leçons apprises jusqu’à présent.

 

[1] Selon les données du bilan hydrique, les pourcentages d’extraction d’eau pour utilisations correspond avant tout à l’irrigation avec 52.40% de la disponibilité annuelle existante dans le pays. Pour la consommation humaine elle correspond à 14.32%. En ce qui concerne la production d’énergie hydroélectrique elle est estimée à 13.63% et 5.18% est utilisé par la production industrielle. On estime que l’industrie minière consomme 0.01% et les 14.45% restant correspondent à d’autres usages.

[2] Le Honduras possède une superficie totale de 112.495 km2. Il est divisé en 18 départements. La population du pays est estimée à 8, 098,000 habitants (INE, 2013), 64.5% de la population du pays vit dans la pauvreté et 42.6% se trouve en situation d’extrême pauvreté (2013). Dans les zones rurales, environ 6 foyers sur 10 se trouvent en situation d’extrême pauvreté. Le PIB en 2013 était de 4$.

[3] En septembre 2015, les pays membres des Nations Unies ont approuvé au cours de leur 70º session le nouvel Agenda de Développement 2030.

 

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